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Les bons plans lecture de Valérie Ehrard

3 bouquins vous sont proposés par Valérie Ehrard à la Librairie Poivre d’âne sur le thème du fils, du père, de la mère. Tous les trois sensibles et émouvants sur la trame délicate de la relation filiale.
A découvrir d’urgence



Rêve 78 d’Hafid Aggoune
Il est de petits livres qui émeuvent grandement. Rêve 78 en fait partie. Une photo, témoin des retrouvailles entre une mère et son fils, donne le point de départ de ce récit : l’introspection du fils qui, se souvenant des mots de sa mère, « être heureux au-delà du malheur, parce que la vie est là, en soi », réfléchit à son nouveau statut de père. Séparé de sa mère par un exil imposé par son père, Hervé Babel est déraciné de sa France et de sa langue et va passer deux années en Algérie auprès d’une famille qu’il ne connaît pas. Cette séparation est le traumatisme fondateur qui va pousser le personnage vers l’écriture et la lecture. Il déclare : « Lire m’a sauvé la vie. » Ce texte intimiste, voilé par l’altérité d’un personnage au nom évocateur, Hervé Babel, est une déclaration d’amour à cette mère. L’absence est le moteur de la construction de l’homme, mais aussi l’acte de constitution de la vocation d’écriture du narrateur/auteur.
Hafid Aggoune, Rêve 78 ed Joëlle Losfeld, 2009, 9.50 €


Toute la nuit devant nous, de Marcus Malte
Un recueil composé de trois nouvelles : Le fils de l’étoile, Des noms de fleurs, Le père à Francis.
Marcus Malte est un funambule, il oscille entre tendresse et cruauté, entre espoir et affliction. Ses personnages sur le fil de la vie, nous touchent par leur poésie, leur humanité. Dans la douleur de l’absence d’une mère pour François le mystérieux ami et le narrateur de Le fils de l’étoile, dans le sacrifice pour Iris, Lys, Rose et Chardon ardent au printemps de leurs vies, dans Des noms de fleurs, ou dans le monologue de l’enfermement solitaire pour Le père à Francis, tous les personnages nous parlent d’espoir et de beauté.
Qu’il s’agisse de la beauté des souvenirs en regard de la cruauté d’un enfant, ses aspirations nobles contre des actes sadiques ; la beauté d’une cause utopique et des desseins destructeurs qu’elle induit ; la beauté d’un rêve de gosse face à sa propre fureur et la violence de sa situation. Marcus Malte nous parle bien de vie, de la vie dans toute sa fulgurance exacerbée, de la voie de l’existence qui bascule en une seule nuit.
Marcus Malte, Toute la nuit devant nous, Zulma, 2008, 13 €.


Un mensonge sur mon père de John burnside
"La seule chose que je pouvais faire, c’était résister au pouvoir de mon père en usant de ma propre volonté, de ma propre imagination".
Ce père dont parle l’auteur est un bébé abandonné devant la porte d’un inconnu. C’est pourquoi ce père s’invente un passé, une vie, au gré de ses envies, et surtout, dissimule cet événement insupportable. De mensonges en affabulations, il repousse cette réalité honteuse. Ainsi il invite son fils a faire de même.
Disséquant cette relation père/fils, l’auteur nous dépeint la classe laborieuse écossaise, la haine de soi du père, les humiliations et la violence de celui qui va le pousser à mentir, envers lui et sur lui.
De cet écriture épurée et lyrique à laquelle John Burnside nous a déjà habitué, il nous permet d’entrer dans son univers, son enfance et adolescence. Mémoires, souvenirs du père, récit acéré sans apitoiement, nous touchons l’essence de l’humanité, la compléxité de toutes relations. « En quittant la maison de mon père, je pensais le rayer de ma vie à tout jamais. »
John burnside, Un mensonge sur mon père, éditions métailié, 2009, 20 €

si vous souhaitez entrer en contact avec Valérie Ehrard contactez-la sur
www.Reseaumagazette

Raphaëlle Dufour
Février 2009
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