Premier smartphone date ou premier téléphone intelligent : nuance capitale

Le terme « premier smartphone » renvoie à des réalités très différentes selon la définition retenue. Un téléphone mobile capable d’envoyer des fax et doté d’un écran tactile en 1994 ne répond pas aux mêmes critères qu’un appareil connecté à Internet avec un magasin d’applications. Comprendre cette distinction, c’est saisir pourquoi la date du premier smartphone change selon les sources.

Téléphone intelligent : une définition qui a évolué avec la technologie

Le mot « smartphone » est la contraction de « smart » (intelligent) et « phone » (téléphone). À l’origine, il désigne un téléphone mobile doté de fonctions avancées proches de celles d’un ordinateur personnel : gestion d’e-mails, consultation de pages web, exécution d’applications, stockage de données.

Cette définition s’inscrit dans la continuité des assistants personnels numériques (PDA) des années 1990. Les PDA comme le Newton d’Apple ou les appareils Palm servaient à organiser un agenda, prendre des notes, gérer des contacts. Ils n’intégraient pas de fonction téléphonique.

Le « téléphone intelligent » naît précisément de la convergence entre ces PDA et la téléphonie mobile. Un appareil qui combine communication vocale, informatique portable et accès aux données mérite cette appellation. Le problème : les critères retenus pour valider cette convergence varient d’une époque à l’autre.

Homme tenant un ancien et un nouveau smartphone dans une boutique technologique moderne, symbolisant l'évolution des téléphones intelligents

IBM Simon en 1994 : pourquoi il est considéré comme le premier smartphone

Le IBM Simon Personal Communicator est le candidat le plus souvent cité comme tout premier smartphone de l’histoire. Conçu en 1992, il a été commercialisé aux États-Unis en 1994. L’appareil pesait environ 500 grammes et mesurait une vingtaine de centimètres de haut.

Son écran tactile LCD monochrome de 4,7 pouces le distinguait radicalement des téléphones mobiles de son époque. En plus des appels, il permettait d’envoyer et de recevoir des fax, disposait d’un calendrier, d’un carnet d’adresses, d’une calculatrice et d’un traitement de texte simplifié.

Le Simon cochait déjà plusieurs cases de la définition d’un téléphone intelligent : écran tactile, applications intégrées, fonctions dépassant la simple téléphonie. Sa commercialisation a duré moins d’un an, et ses ventes sont restées modestes. L’appareil coûtait environ 1 000 dollars, un prix prohibitif pour le grand public de l’époque.

Ce que le Simon ne faisait pas

Pas de navigation web au sens moderne. Pas de magasin d’applications tiers. Pas de système d’exploitation ouvert permettant d’installer des logiciels. Le Simon était un téléphone augmenté, pas un ordinateur de poche connecté.

C’est cette limite qui alimente le débat. Si l’on définit le smartphone comme un appareil avec un OS ouvert, un accès web et un écosystème d’applications, le Simon ne remplit pas tous les critères. Si l’on retient la définition historique (téléphone + fonctions informatiques), il est bien le premier.

Nokia Communicator et BlackBerry : la génération intermédiaire

Entre le Simon et l’iPhone, une génération entière d’appareils a fait progresser le concept de téléphone intelligent. Le Nokia 9000 Communicator, sorti en 1996, intégrait un clavier complet et un navigateur web rudimentaire. Il visait les professionnels et posait les bases du smartphone orienté productivité.

Le BlackBerry 850, lancé en 1999, a popularisé l’accès aux e-mails en mobilité. Son clavier physique et son système de messagerie push en ont fait l’outil de référence des cadres et dirigeants pendant près d’une décennie. Ces appareils répondaient à une définition plus exigeante du téléphone intelligent :

  • Accès aux e-mails et à un navigateur web, même limité, en dehors du réseau Wi-Fi
  • Clavier ou interface permettant la saisie de texte longue, pas seulement la numérotation
  • Système d’exploitation dédié avec des applications préinstallées orientées productivité

Aucun de ces appareils ne proposait d’écran tactile capacitif ni de boutique d’applications ouverte. Leur usage restait professionnel, loin de la démocratisation grand public.

Jeune femme analysant l'historique des smartphones sur un ordinateur portable dans un bureau minimaliste à domicile

2007 et l’iPhone : le smartphone tel qu’on le définit aujourd’hui

L’iPhone, présenté par Apple en janvier 2007, n’a pas inventé le téléphone intelligent. Il en a redéfini les critères d’usage. La littérature récente parle davantage de l’avènement du smartphone en 2007 comme moment fondateur du téléphone intelligent dans son acception contemporaine.

Ce qui change avec l’iPhone, puis avec Android dès 2008, c’est la combinaison de plusieurs éléments qui n’avaient jamais coexisté dans un seul appareil :

  • Une interface tactile intuitive remplaçant clavier physique et stylet
  • Un navigateur web capable d’afficher des pages complètes, pas des versions allégées
  • Un magasin d’applications ouvert aux développeurs tiers (App Store lancé en 2008)
  • Un écosystème logiciel unifié autour d’un système d’exploitation régulièrement mis à jour

Le marché des smartphones a connu un essor massif après cette date. L’iPhone hérite souvent, à tort, du titre de premier smartphone. Il est en réalité l’aboutissement d’années d’innovations technologiques initiées par IBM, Nokia, BlackBerry et d’autres.

Premier smartphone ou premier téléphone intelligent : quelle date retenir

La réponse dépend entièrement de la définition adoptée. Le tableau ci-dessous résume les trois lectures possibles.

Définition retenue Premier appareil Date
Téléphone + fonctions informatiques + écran tactile IBM Simon 1994
Téléphone + e-mail + navigateur web Nokia 9000 Communicator 1996
Téléphone + OS moderne + boutique d’applications + tactile capacitif iPhone 2007

Parler du « premier smartphone » sans préciser la définition revient à comparer des objets qui ne remplissent pas les mêmes fonctions. La date change parce que le mot a changé de sens.

La tendance actuelle va encore plus loin. Avec le Règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act, 2024), les smartphones commencent à être envisagés comme des supports d’IA embarquée, avec des obligations de transparence pour les assistants vocaux et les systèmes de recommandation. La définition du téléphone intelligent continue de se déplacer, et la prochaine génération d’appareils posera sans doute à nouveau la question de savoir où commence réellement le smartphone.