À la découverte de la Sibérie

L’Oural, la frontière symbolique, est celle de la géographie bouleversée. Entre deux gares du transsibérien, un monument voudrait marquer la frontière. Et dire que vous êtes passés d’Europe en Asie. Ce monument est un trompe-sens. Il ne dit vrai que lorsqu’il est Poteau des larmes et témoigne du temps où se déroulait la cérémonie des adieux des familles aux déportés.

Au-delà de cette frontière, l’impossible définition : une terre, un pays, une contrée, une “dépendance” russe, un drôle de tiers-monde ?

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Au-delà de cette frontière, l’impossible point de chute : la certitude d’un avenir qui se déplace à l’est ou la certitude d’être englouti par cet espace, cette Asie en trompe-l’œil a valeur de lieux communs sibériens, vieux comme Ermak son conquérant.

Dès lors, on est condamné à errer. A vagabonder. À parcourir. Celle qui ne se laisse déchiffrer que comme un grand Kaléidoscope.

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Sibérie Immobile. Où la terre se fait mémoire obstinée. De ceux qui, par leurs gestes, ont voulu se concilier sa géographie, se démesure. Rites, Légendes, chimères ou charnier, les traces sont là. Ténues, fragiles, presque impalpables.

Sibérie de toutes les certitudes. Où du plus grand terrain vague au plus grand bagne en passant par la plus grande centrale, le superlatif répond à l’appel du grandiose. Mais où la nature se venge de ceux qui ont pris le mythe au sérieux. De ceux qui sont partis à l’assaut de sa géographie avec des moyens à la mesure de sa démesure.

Sibérie plurielle. Où s’entrevoient itinéraire, géographie intérieure et destin de chaque Sibiriak.

Passer l’Oural, frontière symbolique, c’est entrer en Sibérie : on n’y part jamais impunément, on n’en revient jamais indemne. Sibérie vient du nom ancien SibirI. Étymologie retenue le plus fréquemment est d’origine tatare tenant de “Sib : dormir, et de “Ir” : la terre.

La Sibérie s’entrouvre

Avec sa victoire sur les Mongols, Ivan IV le Terrible ouvrait les portes de la Sibérie. À la fin de son règne, il va entamer la véritable conquête de cet immense territoire. Depuis le milieu du XVI siècle, les hommes et femmes Russes pénétraient déjà en Sibérie par le nord, et ils avaient déjà atteint l’embouchure du fleuve Iénisseï.

À la fin de ce même siècle, la famille Stroganov avait déjà fondé de grandes entreprises de chasse aux fourrures, des mines de sel et des pêcheries, dans le nord-est de la Russie d’Europe. Depuis la victoire sur les Mongols, le chemin est libre, et les Stroganov obtiennent du gouvernement la concession de vastes territoires dans la région de la Kama supérieure.

Ils entretiennent des garnisons, et font venir de nombreux colons pour la mise en valeur de leurs terres. Mais la résistance des indigènes est grande, encouragée par le Khan de Sibérie.

En 1579, les Stroganov lèvent une armée de mille six cents Cosaques commandés par Ermak. Après une série de victoire, les Russes s’emparent de la capitale Kutchum en 1582.

Ivan-le-Terrible accepte alors d’inclure ces nouveaux territoires dans son royaume, et envoie des renforts. Le Cosaque Ermak sera tué au combat avant leur arrivée, en 1585.

Pourtant cette première expédition des Stroganov marque le début de la colonisation de la Sibérie occidentale. Tioumen, ville forteresse est fondée en 1586, et un an plus tard c’est la naissance de Tobolsk, qui deviendra la capitale de la Sibérie Occidentale.

L’expansion à l’est

A partir du XVI siècle, Moscou commence à étendre ses possessions vers l’est à une vitesse étonnante. Les Russes vont progresser de l’Ob jusqu’au Pacifique, soit plus de cinq mille kilomètres, en moins de vingt-cinq ans !

Il faut dire que la résistance des peuples sibériens est très faible. Les peuples de chasseurs et d’éleveurs sont peu nombreux, et mal organisés.

En moins d’un siècle, la Sibérie toute entière est donc devenue une colonie russe, et offre alors ses richesses, en particulier la fourrure, appelée “l’or mou.”

L’église orthodoxe construit des églises, et un premier évêché en 1621, tandis que les conversions sont nombreuses. Un indigène converti obtenait les mêmes droits qu’un Russe d’origine, et était dispensé d’impôts, ce qui était un gros avantage, puisque l’impôt se payait ici en fourrures …

En 1648, Dechnev découvre le détroit de “Behring”, quatre-vingts ans avant Behring lui-même. Le rapport de Dechnev avait été perdu par l’admi­nistration !

Behring franchit le détroit en 1728, sans s’en apercevoir, et revient en 1741 pour confirmer le passage. Il débarque alors en Alaska, qui devient une terre russe pour cent vingt-sept ans.

En 1867, l’état russe vend la terre d’Alaska aux États-Unis d’Amérique pour un montant de sept millions deux cent mille dollars… en or !

Une émigration massive

La Sibérie va se peupler lentement. Les causes principales d’émigration sont la misère en Russie d’Europe, la fuite face au service militaire ou devant les persécutions religieuses.

Le servage est aboli en 1861, mais trente ans plus tard, c’est l’arrivée du transsibérien qui relancera de façon spectaculaire l’émigration vers la Sibérie.

Avec la construction du chemin de fer, des mesures importantes favorisent l’installation des nouveaux venus. La loi de 1886 autorise la libre circulation des paysans, et l’état offre 16 hectares de terre à chaque émigrant. Sibérie, terre de fortune !

Entre 1896 et 1903. 1.30 000 émigrants s’installent chaque année en Sibérie, de 1903 à 1905 ils sont plus de 200 000 par an, en 1906 exactement 572 529, mais de 1907 à 1914 près de 800 000 émigrants s’installent chaque année, un record.